CM Histoire et théorie de l’art moderne et contemporain

Art, utopie et enseignement après-guerre, saison 11 ; John Cage et Joseph Beuys

Enseignant

Didier SEMIN

Objectifs

L’UC Histoire et théorie de l’art moderne et contemporain se propose de donner aux étudiant.e.s en art le goût de l’histoire, des rudiments de méthode, de stimuler aussi leur curiosité et de développer leur esprit critique. Non pour en faire des historiens, mais pour qu’ils mesurent pleinement — à la lumière du passé — les enjeux du débat artistique contemporain dans lequel ils aspirent à s’inscrire. L’UC Histoire et théorie de l’art moderne et contemporain privilégie en règle générale les thématiques clairement circonscrites et les approches monographiques d’une oeuvre, pour dissiper l’illusion qu’une connaissance véritable de l’histoire de l’art passerait par de grandes synthèses aisément assimilables. Les principaux points de vue des historiens sur les sujets concernés seront mis en perspective. Ennemi déclaré : le zapping, que l’on préfèrera nommer approche superficielle.

Contenu et méthodes

C’est probablement Joseph Beuys qui aura, au XXe siècle, revendiqué de la manière la plus spectaculaire la pratique de l’enseignement comme un art (Fuller et Klein pouvant être regardés comme deux de ses inspirateurs).

Sa démonstration a emprunté de multiples voies. Il a notamment très fréquemment utilisé des éléments concrets de sa vie d’enseignant pour édifier la figure du pasteur qu’il a lentement constituée comme sienne. En réalité, l’enseignement imprime en profondeur jusqu’aux objets et installations produits par Beuys. On sait que la présence du tableau noir notamment y est obsédante, et qu’est-ce qu’un tableau noir sinon le premier et le plus emblématique instrument du pédagogue ?

Toute l’activité de Beuys à la fin de sa vie, et la plupart des objets produits dans les dernières années, peuvent être rapportés à l’idée d’un enseignement par l’exemple et d’une pédagogie de l’éveil. Il est en cela dans la très exacte lignée, non seulement de Buckminster Fuller et d’Yves Klein, mais aussi de John Cage. Les deux hommes se connaissaient et avaient échangé une correspondance, mais là n’est pas le plus important : c’est dans les oeuvres même de Beuys qu’apparaît le plus souvent ce que l’on pourrait appeler une reconnaissance de dette au grand artiste américain. Un seul exemple peut en donner une bonne idée : l’oeuvre de John Cage tout à la fois la plus scandaleuse et la plus connue, celle qu’il place lui-même au-dessus des autres, est bien évidemment la fameuse partition blanche intitulée« 4’33’’ », écrite en 1948 et jouée pour la première fois par David Tudor en 1952.

Elle lui avait été inspirée par un passage dans une chambre anéchoïque (une pièce dont les parois absorbent la moindre onde sonore...).

Une des installations testamentaires de Beuys conservée au Centre Pompidou, est un à l’évidence un hommage à Cage. Elle peut être décrite comme une chambre sourde, proche finalement de celle de Harvard où Cage avait un jour compris que« le silence n’existait pas ». Elle s’intitule Plight (en anglais un verbe qui désigne à la fois l’engagement, la fidélité, et un substantif qui décrit une situation de désarroi), abrite un piano fermé et un tableau noir : lorsqu’on pénètre dans Plight, on est très exactement dans une salle de classe, conçue pour cette forme particulière d’édification à quoi Cage et Beuys s’attachaient avant tout, une invitation à percevoir différemment.

C’est à une étude minutieuse de l’utopie d’une ouverture inédite des champs de la perception chez Cage et chez Beuys, que sera consacrée l’année scolaire 2017-2018.

Évaluation

L’Unité de Cours est délivrée au terme d’un examen écrit qui prend la forme d’un mini-mémoire, rédigé par l’étudiant.e et dont le sujet est choisi en concertation, à la fin de chaque semestre.

Année d’études : 1 ; 2 ; 3

Les jeudis, de 11h à 13h, amphithéâtre des Loges