Conférence de Dominique Cordellier, Conservateur en chef au cabinet des dessins du musée du Louvre, autour de l'exposition Rosso et Primatice : Renaissance à Fontainebleau.
L’actuelle exposition du cabinet des dessins et des estampes Jean Bonna, aux Beaux-Arts de Paris, s’est fixé un objectif qui peut sembler curieux et comme déplacé dans un lieu où se forment des artistes, où ils expérimentent, où ils exposent, où ils agissent de façon transdisciplinaire : présenter des dessins de deux artistes italiens mais actifs en France au milieu du XVIe siècle, Rosso pendant 10 ans, Primatice pendant 40, mais deux artistes qui, peintres mais aussi sculpteurs, sculpteurs mais aussi costumiers, costumiers mais aussi architectes, ont eu une palette d’activité aussi diversifiée que celle que l’on recherche ici.
Ce métier de peintre, Rosso Fiorentino, n’en déclinent pas les différents aspects de son propre chef, sans demande, ni commande. Il n’est pas un artiste indépendant même s’il échappe aux contraintes de la corporation des peintres locaux : il travaille pour le roi à la tête d’une équipe de peintres, d’épingliers, de stucateurs, de menuisiers et de marqueteurs qui mettent en œuvre ses dessins.
Son autonomie, il la gagne par sa technicité, par sa capacité d’invention, de proposition, de disposition, mais aussi par son intelligence propre des attentes du moment et du commanditaire, en somme par son style, si l’on entend par là la part de l'expression formelle qui est laissée à la liberté de chacun, qui n'est pas directement imposée par les normes, par les règles ou par les usages.
